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Le Spey cast en français et son enseignement en langue française

Début mars 2022, je me suis rendu dans la Creuse (Limousin) pour donner un cours sur les différents lancers Spey cast à mon confrère et ami Jean-Pierre Labarre et élaborer une codification de l’enseignement du lancer simple Spey cast ou plus exactement du lancer Spey linéaire de base « à la française » et en langue française.

Le premier jour, sur un plan d’eau, nous avons commencé par le lancer Overhead (par dessus la tête ou vertical classique) pour que l’ami Jean-Pierre se familiarise avec la canne à deux mains. Puis nous sommes passés au lancer roulé (Roll cast) tel qu’il est enseigné en Grande-Bretagne (Angleterre, Pays de Galle, Irlande et Ecosse), aux U.S.A. et au Canada, en le comparant à celui enseigné en France, par notre responsable de formation pour le monitorat et le spécifique mouche, M. Richard Viroulet. Nous en avons conclu que la méthode française nous semblait préférable en efficacité pour ce lancer roulé en lui-même et pour son apprentissage à des clients. Nous l’avons ensuite baptisé le lancer roulé linéaire « à la française ». Ensuite, nous sommes passés au lancer Switch cast, ainsi dénommé par l’américain Simon Gawesworth, c’est-à-dire au lancer simple Spey cast sans changement de direction qui est aussi nommé par les anglo-saxons : Spey avant (Forward Spey), roulé de ligne active (Live Line Roll) ou roulé sauté (Jump Roll). Pour le nommé dans un langage français, nous l’avons également rebaptisé, le lancer Spey linéaire de base « à la française ». C’est LE lancer qu’il faut d’abord apprendre, par définition, avant de passer au lancer simple Spey avec changement de direction que nous avons aussi renommé en langue française, le lancer Spey linéaire complet « à la française ». Le lancer Spey linéaire de base permet effectivement de s’entrainer et d’acquérir les automatismes avec le bon rythme, et avec différentes longueurs de cannes et de lignes. En procédant ainsi, nous avons voulu établir une analogie avec le même langage que nous utilisons pour l’apprentissage de la gestuelle pour le lancer de la mouche avec une canne à une main. Nous employons aussi la dénomination de lancer linéaire de base ou complet « à la française ».

Le second jour, nous sommes allés sur une rivière pour décomposer les trois différentes phases du lancer Spey linéaire de base « à la française » ou Switch cast.

1°) Tout d’abord, la soie est alignée dans l’eau au bout de la canne qui est en position horizontale et parallèle à la berge. L’action de lever la canne entraine le soulèvement de la soie qui est mise en tension et le point de contact de la soie avec l’eau (désigné en anglais par « Point P ») se déplace progressivement vers l’aval. La canne se charge un peu pendant cette phase et si l’on monte un peu trop la canne, le point de contact (Point P) revient légèrement vers l’amont et entraine un fléchissement de la tension de la soie et une décharge de la canne. Je désigne la partie du ventre de la soie comprise entre l’anneau de pointe de la canne et le point de contact de la soie avec l’eau, le ventre suspendu (désigné en anglais par « dangle » = le pendant). En aval de ce ventre suspendu, la pointe de la soie et le bas de ligne constitue la première ligne d’ancrage qui a permis, par sa résistance sur l’eau, de créer le ventre suspendu qui est pendant au bout du scion de la canne. La canne est en général montée à 10h00 ou à 45° ou à 11h00, mais cela est seulement donné à titre indicatif, car il faut tenir compte de la longueur de la canne et du ventre de la soie, de la position du lanceur enfoncé ou non dans l’eau, etc… L’ensemble de cette première phase du lancer Spey linéaire de base à la française est désignée en anglais par lift ou décollage de la soie. Il y a une petite astuce [non dévoilée ici] pour savoir quand cette première phase est terminée, sans attendre que le point de contact (Point P) remonte vers l’amont, et pour déclencher la deuxième phase du lancer.

2°) Ensuite, on arrive au noeud gordien du lancer Spey linéaire de base à la française avec ce que j’appelle l’arraché pour reprendre un vocable établi chez les moniteurs de pêche à la mouche français. Pour les moniteurs anglais ou américains, on désigne cette phase par lancer arrière (backcast) ou balayage (sweep). En effet, pour tous lancers avec une canne à mouche, que ce soit avec une canne à une main ou avec une canne à deux main, on a fondamentalement, d’abord un soulèvement de la soie par rapport à l’eau, ensuite un arraché, suivi d’un blocage arrière et d’une propulsion de la soie en arrière, puis un lancer avant, suivi d’un blocage avant, pour finir avec un poser de la soie sur l’eau. Pour le lancer Spey linéaire de base, il en va de même. Après le soulèvement de la soie (Lift), on a un arraché, un blocage arrière et une propulsion de la soie en arrière. Ainsi, le lanceur tire la canne vers lui d’une manière rectiligne, puisqu’il n’y a pas de changement de direction, et arrivé vers son épaule, un mouvement ascendant avec une légère accélération amène la canne vers 13h00 ou 14h00. C’est le système américain et scandinave. En Irlande ou en Ecosse, on désigne cette manœuvre par « circle up ». Cette dernière manœuvre permet de réaliser l’équivalent d’un blocage arrière dans le mouvement d’arraché, ce qui a pour conséquence de permettre l’ancrage de la pointe de la soie et du bas de ligne sur l’eau. Conséquemment, le ventre de la soie qui était presque totalement étiré et « suspendu » auparavant devant la canne lors de son soulèvement (phase 1)  se trouve maintenant « bouclé » en deux moitiés derrière la canne, en forme de D (D loop) ou de > (V loop) en fonction de l’intensité de l’arraché. Et c’est ce ventre bouclé qui assure en grande partie le chargement de la canne. A la fin de cette manœuvre de blocage de la canne et d’ancrage de la soie, la main droite supérieure du lanceur (pour un droitier) se trouve environ à la hauteur des yeux du lanceur et sa main gauche devant sa poitrine (en face du sternum et à 25 cm de celui-ci environ). Vu de face, il est dans ce que j’appelle la position d’un demi-cactus mexicain avec l’avant bras et le bras formant un angle droit (à 90° au coude), à la hauteur de son épaule, qui forme également un angle droit inversé avec son corps (Voir photo ci-dessus où Jean-Pierre a la position du demi-cactus mexicain). Les anglais et américains appelle cette position, la position clé (Key position). Voilà pour la fin de l’arraché rectiligne dans cette phase 2 pour le lancer Spey linéaire de base à la française.

Juste deux mots pour l’arraché dans le lancer Spey linéaire complet à la française. Etant donné que dans celui-ci il y a un changement de direction, la trajectoire de l’arraché (le sweep) est forcément incurvée et concave pour obvier au problème généré par la force centrifuge. En effet, puisqu’il y a une rotation de l’ensemble du corps pour atteindre la cible, si l’arraché n’avait pas la forme d’un « sourire » (smile) avec un creux plus ou moins profond, la soie s’écarterait du lanceur et il ne pourrait pas l’ancrer au bon endroit. Dans le simple Spey, il n’y a pas un seul arraché identique, dans sa forme, pour tous les lancers Spey. Il y a forcément des variations en fonction de certains paramètres. Je n’en dis pas plus volontairement.

3°) Enfin, s’agissant du lancer vers l’avant, je reprends à partir de la position du demi-cactus ou position clé (Key position) où la main droite supérieure (située à proximité des yeux) pousse la canne horizontalement vers l’avant, à côté de l’épaule du lanceur, d’une manière rectiligne dans la direction de la cible, tandis que sa main inférieure tire vers son buste pour arriver juste devant sa poitrine à une hauteur comprise environ entre le nombril et le sternum. Le mouvement des deux mains doit être synchronisé pendant le shoot jusqu’au blocage avant vers 10h00 ou 11h00. Durant tout le mouvement du shoot depuis la position clé jusqu’au blocage avant, la canne se surcharge par rapport à la charge déjà acquise avec le ventre bouclé en D ou V loop. La canne est alors fortement courbée et restitue toute sa puissance acquise, lors du blocage avant, au cours duquel l’ensemble du geste est bloqué. Et ce n’est qu’une fois que la soie est en grande partie allongée parallèlement à la surface de l’eau d’une manière tendue, par l’effet de l’énergie cinétique, que le lanceur abaisse sa canne pour assurer également le poser du bas de ligne d’une manière tendue, afin que la mouche soit pêchante dès son contact avec l’eau. C’est le Tight lines des anglais (Lignes tendues et boucles serrées). Tout à fait à la fin du lancer, le lanceur se retrouve alors dans la même position qu’il avait au début du lancer, c’est-à-dire le bras droit fléchi, le coude droit légèrement écarté du corps et sa main gauche en bas et au centre de son ventre (sous le nombril) et à une hauteur en dessous de son coude droit. Pour finir au sujet des trois phases du lancer Spey linéaire de base à la française sans changement de direction, je précise que j’ai volontairement omis d’indiquer ici tous les éléments les plus importants pour la bonne réussite de ce lancer. Les point essentiels, qui ne relèvent donc pas du simple détail, sont réservés à mes clients lors de mes stages de Spey cast. La contrepartie de ma rémunération consiste précisément dans le privilège d’avoir déjà les bonnes informations pour réaliser les bons gestes et d’avoir les bonnes corrections en cas d’éventuelles erreurs !!! Notamment, pour le « trunk » ou basculement de la canne vers l’horizontale pour lequel il convient de connaître la cause pour pouvoir le corriger !!!

Pour conclure au sujet de l’enseignement du simple Spey cast, on constate à la lecture des quelques ouvrages mentionnés ci-dessous que les choses évoluent avec le temps dans le bon sens. Durant la deuxième moitié du XX ième siècle, avec Hugh Falkus et l’enseignement du Spey cast en forme de 8 avec son Simulator, on énonçait que : « le lancer Spey consiste en une série de courbes. En dehors des coups de puissance [sur le lancer avant], il n’y a pas de lignes droites. » (p. 125). Depuis le début du XXI ième siècle, avec les auteurs/instructeurs contemporains américains, scandinaves, anglais, irlandais, français, etc… c’est l’inverse. Toutes les fois qu’il est possible d’introduire une ligne droite ou une trajectoire plate dans un lancer, on adopte cette attitude, car c’est plus facile pour le lanceur apprenant et l’instructeur de contrôler la situation. En outre, il n’y a pas un seul style valable pour toute la panoplie des différents lancers. Il faut choisir pour chaque lancer, le style le plus adapté en fonction des notions de physique et de bio-mécanique. Et enfin, il faut tordre le coup à l’aphorisme selon lequel « un lancer Spey peut être décrit comme un lancer roulé redirigé » (H. Falkus, ouvrage cité p. 129). Les deux lancers sont fondamentalement différents et cela fera l’objet d’un prochain article.

Bibliographie : Hugh Falkus, Spey casting (A New Technique), 1994 [en anglais] ; Simon Gawesworth, Spey Casting, 2007 [en anglais] ; Henrik Mortensen, Pêche à la mouche (Le Style Scandinave), 2009 [en français] ; Simon Gawesworth, Single-Handed Spey Casting, 2010 [en anglais] ; John Symonds & Philip Maher, Flycasting Skills (for beginner and expert), 2013 [en anglais] ; etc… avec quelques articles parus dans la presse halieutique française (par exemple, Pêche Mouche en 2011 et 2012) et ainsi que quelques articles publiés sur internet au Canada ; et les conseils en tête-à-tête d’un instructeur irlandais APGAI/FFF Andrew Ryan, de Sam Bremner (Ghillie à Wester Elchies/Spey/Ecosse) et surtout les conseils donnés dernièrement fin octobre 2021 en Bourgogne par l’instructeur écossais de renommée mondiale, Ian Gordon, champion du monde de Spey casting.

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